Vent du Nord - Préquelle - Partie 7

Publié le par Khimaera

Vent du Nord - Préquelle

Partie 7

 

 

Voici donc la septième et dernière partie de la préquelle du Vent du Nord. La véritable histoire est déjà commencée et j'en ai toute la trame, il faudrait cependant que je retrouve mon manuscrit pour la continuer - oui, j'ai réussi à perdre quatre pages de manuscrit, il ne me reste que mon plan. En attendant, bonne lecture pour cette fin de préquelle. Une ou deux nouvelles viendront peut-être avant que je ne publie le Vent du Nord (certaines personnes m'ont fait comprendre que ce n'était pas gentil de publier des histoires sans les finir ^^), notamment un second épisode de la malédiction de l'abeille.

 

Bonne lecture à tous, et les commentaires sont toujours les bienvenus.

 

 

Einar releva les yeux en voyait la princesse qui entrait, ses cheveux volant autour de son visage fermé. Cela faisait quelques semaines qu'Alia était de plus en plus sombre, mais rien qu'il ne puisse faire. Il voulut reposer son fer à cheval tout juste achevé pour lui parler, mais Niels entra à ce moment, capturant sa femme en refermant ses bras autour de sa taille. Il lui murmura quelques mots à l'oreille et elle hésita, puis sembla se détendre en acceptant d'un signe de tête et ils sortirent, enlacés.

 

Avec un haussement d'épaules, Einar retourna à son travail. Cela faisait un an et demi que les deux étaient mariés et il n'avait pas eu l'écho d'une seule dispute entre eux. En fait, connaissant Niels depuis qu'il était un tout jeune enfant, il ne l'avait jamais vu aussi heureux que cette dernière année. Il vit le couple repasser devant la forge, quelques minutes après, chacun sur leur monture, et ils quittèrent rapidement le village.

 

Ils chevauchèrent un long moment en silence. Elle observait distraitement son époux. Il montait maintenant très bien et, depuis le printemps, elle lui avait dressé une jolie jument qu'il avait capturée dans la forêt. C'était une monture forte, avec une robe alezan brillant, aussi têtue que Niels. Ils avaient mis du temps à l'apprivoiser, encore plus à la monter, mais elle était parfaite pour lui maintenant.

 

Elle s'immobilisa net en reconnaissant l'endroit où il l'avait amenée. Elle ne connaissait de loin pas toute la région, malgré leurs longues patrouilles ensemble, mais se souvenait parfaitement de cette clairière, de la cascade qui retombait dans une vasque de pierre. Elle se laissa glisser à terre et il fit de même, l'enlaçant doucement par derrière sans dire un mot. C'était ici qu'ils s'étaient rencontrés et elle se retourna pour se fondre dans son étreinte, appréciant l'attention.

 

"Nous allons bien y arriver" finit-il par dire doucement.

 

Elle poussa un profond soupir, posant sa main sur son ventre désespérément plat. Après plus d'un an et demi de mariage, elle n'était jamais tombée enceinte – et ce n'était pas faute d'avoir essayé. Elle considérait qu'elle avait par ailleurs eu de la chance en se mariant, beaucoup de chance : son mari était un homme attentif et un amant très amoureux, ce qui était bien rare en tant que chef de clan.

 

Des rires leur firent soudain tourner la tête et, par réflexe, Niels tira son épée en repoussant sa femme derrière lui. Il remarqua ensuite stupidement qu'elle avait dégainé ses dagues en un clin d'œil, mais reporta rapidement son attention sur la source. Trois femmes se tenaient là, deux dans le bassin et la troisième, entièrement nue, assise au bord. Elles avaient toutes des cheveux couleur d'or, particulièrement longs, et étaient toutes trois de la même beauté surnaturelle.

 

L'une d'elle se rapprocha du bord du bassin en quelques mouvements d'une nage gracieuse, leur souriant d'un air espiègle.

 

"Avez-vous besoin de nous, jeunes gens ?"

"Je ne crois pas" répondit Niels avec méfiance, n'abaissant pas son épée.

 

Il était prêt à parier que ces femmes n'étaient pas humaines et refusait donc de baisser sa garde, ne serait-ce qu'un tout petit peu.

 

"Si, vous avez besoin de nous" affirma celle assise à l'écart. "Nous ne serions pas venues sinon. Un problème de fertilité ?"

 

Ils se raidirent en même temps et elle se leva, s'approchant d'une démarche féline de Niels.

 

"Tu as songé à vérifier que ce n'était pas un problème de ta part, beau guerrier ?"

 

Elle avait doucement écarté son épée pour pratiquement se coller à lui et son esprit se troubla avant qu'il ne recule brutalement. Un bras possessif se referma sur son ventre, l'enlaçant, alors qu'un second se plaçant devant son torse, dague dressée. Alia foudroyait du regard la créature, une expression furieuse sur le visage.

 

"Je préfère ma femme" répondit-il en sentant son corps chaud pressé contre lui.

"Pas de petits bâtards" siffla Alia au même moment.

 

La femme s'arrêta d'avancer et éclata de rire, avant de retourner à la source.

 

"Vous devriez essayer ici" fit-elle avec un sourire. "Derrière la cascade, il y a un autel de Freyr."

 

Elle replongea sitôt après et, sous leurs yeux, les trois corps féminins semblèrent se dissoudre dans l'eau de la source. Il regarda Alia, hésitant sur la conduite à tenir. Elle le regardait avec une supplique dans les yeux et il comprit. Ils attachèrent les chevaux, puis se déshabillèrent et plongèrent à leur tour. La cascade n'était en effet qu'un rideau d'eau et derrière se trouvait une grotte chaude et humide. La paroi du fond était sculptée en une silhouette humaine semblant jaillir de la pierre, aux attributs masculins particulièrement généreux.

 

Un baiser d'Alia le ramena à la réalité et il se détendit très vite dans l'atmosphère si particulière de cette grotte. Ils se retrouvèrent vite à même le sol et il se pencha sur elle pour un nouveau baiser. Soudain il sentit une brûlure entre ses omoplates et tout devint noir.

 

Alia se détendit tout aussi rapidement et se laissa allonger sur le sol avec plaisir, savourant ses yeux brillants et les mains qui la caressaient. Puis soudain un éclair doré jaillit, frappant son époux dans le dos. Il eut une expression de choc, puis soudain ses yeux se vidèrent de toute vie et il écarta ses jambes avant de brutalement entrer en elle.

 

Elle cria de douleur et de surprise, tentant de l'arrêter, mais il poursuivit un long moment, indifférent à ses larmes et ses cris, ne se laissant pas repousser. Cela lui sembla durer des heures, puis soudain il s'effondra en avant, sombrant dans l'inconscience. Une brume dorée s'échappa de son dos et, sous ses yeux remplis de larmes, reprit la forme d'une des femmes rencontrées précédemment.

 

La créature s'agenouilla à côté d'elle, son regard empli de pitié, et caressa sa joue alors qu'elle luttait contre l'inconscience.

 

"Je suis désolée, jeune fille... c'était le seul moyen pour que tu aies un enfant, mais il n'aurait jamais accepté de le faire."

 

Son cerveau était trop brumeux pour qu'elle ne comprenne vraiment et elle s'évanouit à son tour.

 

Lorsque Niels reprit conscience, il était allongé dans l'herbe, à nouveau habillé. Son bras était enroulé du corps souple d'Alia et il la relâcha pour se redresser. Ils étaient au bord de la source, leurs chevaux attendant toujours patiemment. Alia remua à son tour, puis émergea, et il la regarda avec inquiétude. Elle lui paraissait terriblement pâle.

 

"Niels ?" appela-t-elle faiblement.

"Vous sentez-vous bien ?" demanda-t-il avec anxiété, caressant sa joue.

 

Ses yeux s'ouvrirent d'un coup et elle croisa son regard avant de soudain fondre en larmes en se jetant contre lui. Choqué, il referma néanmoins son étreinte, la berçant doucement. Il n'avait jamais vu Alia pleurer, en aucune circonstance, et un horrible pressentiment envahit sa poitrine en entendant les mots qu'elle répétait en boucle – comme quoi il s'agissait bien de lui et non pas d'une autre créature.

 

Lorsqu'elle se calma, elle était encore plus pâle qu'avant et se blottit contre lui avant de fermer les yeux. Quelques instants plus tard, elle dormait et il se décida rapidement, se relevant. Il attacha la bride de sa jument à la selle d'Aeryn, puis hissa Alia sur son étalon avant de monter derrière elle, la maintenant contre lui. Il partit au galop, retournant au village le plus vite possible.

 

Il ne s'arrêta qu'une fois sur la place central, indifférent aux regards choqués sur eux. Elena et Einar se précipitèrent vers eux et il se laissa glisser à terre, prenant Alia dans ses bras avant de se diriger vers leur maison.

 

"Einar, va chercher Sigrún, s'il te plaît. Elena, si tu veux bien t'occuper des chevaux..."

 

Il n'attendit pas de réponse, rejoignant rapidement leur chambre pour y coucher Alia. Il ne savait même pas si elle dormait ou si elle était inconsciente. Sigrún entra rapidement, l'air pressée, et se pencha aussitôt sur Alia, l'interrogeant sur ce qu'il s'était passé. Il raconta leur rencontre avec les trois femmes puis admit, honteux, qu'il ne se souvenait de rien jusqu'à son réveil et la violente réaction de sa femme. Il retira sa tunique lorsqu'elle demanda à voir la brûlure et elle en frôla le centre.

 

"C'était ici, n'est-ce pas ?" interrogea-t-elle, avant de poursuivre alors qu'il acquiesçait. "Tu as été possédé, Niels. Tu ne te souviens de rien parce que tu ne contrôlais pas ton corps."

 

Il pâlit.

 

"Je... je l'ai faite souffrir, n'est-ce pas ? Si elle a pleuré, c'est parce que je lui ai fait mal ?"

"Toi, non, Niels..."

 

Elle avait pourtant l'air songeuse, ne s'occupant pas plus de lui en regardant Alia sous tous les angles. Quelque chose avait changé chez la jeune femme, du moins sur ce qu'elle percevait malgré son manque de vue, mais impossible de dire quoi.

 

"Va te regarder dans un miroir" finit-elle par dire distraitement. "Allez, du vent."

 

Surpris, il s'exécuta néanmoins, quittant la pièce. Il ne mit pas longtemps à trouver un miroir et s'observa lui-même, sous le choc. Il comprenait maintenant les regards à leur arrivée – ce n'était pas seulement dû à l'inconscience d'Alia, non... Sa crinière brune s'était emmêlée de gris, comme s'il avait pris vingt ans d'un coup. Ses traits étaient toujours aussi jeunes et son bras aussi fort, mais sa chevelure le vieillissait désormais. Avec un soupir, il reposa le miroir et ressortit.

 

"Niels ?" appela Einar avec inquiétude. "Comment vas-tu ? Et Alia ?"

"Sigrún m'a fait sortir" répondit-il sur un ton monocorde.

"Qu'est-ce qu'il s'est passé ?"

"Je n'en sais rien" avoua-t-il. "Je n'arrive pas à me souvenir."

 

Un regard empli de sympathie lui répondit, ce qui n'empêcha pas le forgeron de le gronder comme un enfant.

 

"Cela devait arriver à force de te promener seul, Niels... et quelle idée d'entraîner ta femme ! Vous savez vous défendre contre des humains, mais il était certain que vous finiriez par tomber sur des trolls ou autres..."

"Je sais !" claqua Niels, excédé. "Je sais que je n'aurai pas dû emmener Alia, mais je voulais juste la détendre !"

 

Un sourire apaisant lui répondit et il se calma aussi vite qu'il s'était emporté.

 

Les jours suivants le virent errer sans but dans le village et les collines environnantes, puis il finit par repartir dans les bois. Il savait que Alia s'était réveillée, mais elle n'avait pas demandé à le voir. Cela l'avait décidé à retourner sur les sentiers, évitant par la même occasion les jeunes filles aguicheuses à qui il n'était pas sûr de résister.

 

Ce fut deux mois plus tard qu'il fut rattrapé par son cousin Olaf, visiblement furieux d'avoir dû lui courir après.

 

"Ta fichue femme te demande" aboya-t-il. "Ça fait deux semaines que tous les chasseurs te cherchent, tu aurais pu faire un effort ! On a d'autres choses à faire."

"Et toi, tu m'as retrouvé ?" demanda Niels, dubitatif.

 

Olaf n'était pas bon chasseur. Il savait manier la hache comme personne, mais le pistage et la discrétion lui étaient des choses totalement inconnues. Niels renonça pourtant à discuter et le remercia avant de prendre la direction du village. Leurs relations s'étaient refroidies ces dernières années : Olaf n'avait pas caché qu'il trouvait la femme de son cousin tout à faite ravissante.

 

Il se dirigea droit vers ses appartements sitôt arrivé. Alia était allongée dans leur lit, lui tournant le dos, et il crut un instant qu'elle dormait, mais elle se retourna en entendant la porte se refermer. Il se rapprocha pour s'asseoir à ses côtés, la contemplant sans se cacher.

 

"Comment vous sentez-vous ?" finit-il par demander, caressant délicatement sa joue.

 

Elle lui sourit en fermant les yeux sous la caresse.

 

"Mieux... vous m'avez manqué."

"Je vous avais blessée..."

"Ce n'était pas vous. Ce n'étaient pas vos yeux."

 

Il se pencha en avant et embrassa son front, avant de subitement la prendre dans ses bras, la serrant contre lui. Elle se lova aussitôt contre son torse, n'ayant visiblement attendu que cela.

 

"Niels ?"

"Oui ?"

"Je porte votre enfant..."

 

Il s'immobilisa net, puis caressa son ventre avec des doigts tremblants.

 

"C'est vrai ?"

"Je n'ai pas saigné depuis..."

 

Il l'embrassa avec joie, mais elle prit la direction de leur baiser avant de glisser des doigts indiscrets le long de son torse, puis d'ouvrir sa ceinture. Il se rendit aussitôt à son désir, venant rapidement la caresser. Dieux... elle lui avait manqué. Il descendit mordiller son cou, savourant ses réactions dans ses bras. Finalement, leur aventure aura servi à quelque chose... il aurait simplement préféré que sa femme ne souffre pas autant pour lui donner un fils.

 

Six mois plus tard, alors que le printemps arrivait et donc un mois trop tôt, Alia donna naissance à une minuscule petite fille. Cela le prit de court – d'après ce que lui avait dit leur Volvä, il avait supposé qu'il aurait un fils. Il l'accueillit néanmoins comme il se devait, la reconnaissant comme sa véritable fille, puis la baptisant Sigrún en l'honneur de la vieille femme emportée pendant l'hiver.

 

Un cri d'Alia attira alors son attention et il revint aussitôt à ses côtés. Plusieurs heures plus tard, Egil, futur roi de leur clan, naissait enfin, manifestant son futur caractère d'un premier cri terriblement puissant.

Publié dans Vent du Nord

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J
<br /> Et maintenant, l'histoire des jumeaux !<br /> <br /> <br />
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