Vent du Nord - Préquelle - Partie 1

Publié le par Chimaera

Bien. Me revoilà. Pour quelques temps (jusqu'à ce que j'oublie que j'ai un blog). Ceci est la Préquelle (complète) d'une histoire mythologique écrite avec amour. Elle me trottait dans la tête depuis un bon bout de temps. La véritable histoire suivra, dans quelques temps, elle est encore en cours d'écriture. Bonne lecture.

 

Vent du Nord - Préquelle - Partie 1

 

 

La petite troupe avançait en silence, un silence lourd et pesant. Leurs vivres et leur eau potable étaient presque épuisées, seuls leurs chevaux trouvaient encore de quoi manger dans la forêt qu'ils traversaient depuis plus de deux semaines. Alia se mordillait la lèvre, songeuse. Elle se sentait désemparée – sa troupe s'étiolait lentement, de par la maladie et la fatigue du voyage, et elle ne pouvait s'empêcher de douter.

 

Avait-elle bien fait d'entraîner son peuple dans cette folie, quittant leurs terres envahies à la recherche d'un nouveau lieu pour vivre ? Ils n'étaient plus qu'une petite cinquantaine, uniquement des femmes en dehors de quelques enfants. Leurs hommes s'étaient fait tuer ou réduire en esclavage, et c'était pour éviter cette honte qu'Alia les avait emmené au loin. D'un geste ferme, elle tira sur sa bride, arrêtant sa monture.

 

"Dame ?" interrogea une voix derrière.

"Montez le camp" fit-elle d'une voix lasse. "Je vais chasser."

"Seule ?" protesta une autre de ses suivantes.

 

Elle talonna sa monture en réponse et partit au galop, ne ralentissant qu'une fois sûre qu'on ne l'avait pas suivie. Alors elle prit son arc court dans son dos et commença sa partie de chasse.

 

Une heure plus tard, elle parvint à abattre une biche et soupira. Bien. Il lui fallait retrouver le camp maintenant. Elle chargea l'animal mort sur l'encolure de son destrier qui ne protesta pas au poids supplémentaire, mais un bruit attira soudain son attention. C'était de l'eau qui glougloutait doucement et elle s'avança entre les arbres, tenant son cheval par la bride, pour tomber sur un spectacle enchanteur.

 

Une merveilleuse cascade chatoyait le long d'une paroi rocheuse, retombant gracieusement dans un petit bassin naturel. L'eau était pure et transparente et elle s'approcha, puis plongea sa main dedans. Elle était délicieusement fraîche et Alia en but quelques gorgées avec plaisir, avant de se décider soudainement, repoussant sa prudence. Elle se dévêtit et entra dans l'eau, gardant dague et épée à portée de main, retirant la crasse du voyage pour la première fois depuis leur départ. Ses yeux se fermèrent sous la douce caresse du liquide et elle resta dans le bassin bien après être propre.

 

Finalement elle se hissa hors de l'eau. La nuit tombait et il fallait qu'elle retrouve le camp. Aeryn renâcla soudain et cela lui fit lever les yeux, pour voir une silhouette se ruer vers elle. Elle saisit aussitôt sa dague et se jeta sur le côté, évitant l'assaut avant de répliquer d'un coup de pied, puis de se relever à moitié pour se jeter sur son agresseur.

 

La lutte fut brève, mais violente. Cependant elle n'en était pas à son premier combat et, si l'homme avait l'avantage de la force et du poids, elle avait appris à surpasser cela depuis des années. Un coup dans son ventre finit par le faire chuter au sol et elle profita de sa seconde d'immobilité pour se laisser tomber sur lui, assise sur son ventre et sa dague sur sa gorge.

 

"Qui es-tu ?" siffla-t-elle. "Pourquoi m'agresser ?"

 

Il y eut un instant de silence alors qu'il reprenait son souffle et il finit par rouvrir les yeux, la regardant avec respect et admiration.

 

"Etes-vous une Walkyrie ?" murmura-t-il.

 

Elle battit des paupières. Il avait un accent très fort, mais elle le comprenait néanmoins. Elle n'avait par contre aucune idée de ce qu'était... la chose dont il avait parlé.

 

"Qu'est-ce qu'une... Walkyrie ?"

 

La guerrière regretta sa question aussitôt et maudit son imprudence. Il avait profité de sa seconde d'inattention pour retourner la situation d'un puissant coup de reins, l'écrasant de tout son poids après avoir fait voler la dague au loin, d'un coup dans son poignet. Il la fixait maintenant sans ciller, droit dans les yeux, et elle nota son regard bleu profond, contrastant avec ses cheveux assez sombres.

 

"Les déesses qui volent sur les batailles" chuchota-t-il "et qui choisissent quel guerriers vont mourir."

 

Elle dut afficher une mine surprise, car il sourit, légèrement amusé.

 

"Vous en avez la beauté... et le danger, avec ou sans armes."

"Pourquoi m'avoir agressée ?" cracha-t-elle, agacée par le compliment alors qu'il la tenait en son pouvoir.

"Vous êtes sur les terres de mon clan" observa-t-il tranquillement.

 

Elle baissa les yeux.

 

"J'en suis navrée, je l'ignorais..."

"Je m'en doute, au vu de votre réaction. Que faites-vous ici avec vos suivantes ?"

 

Alia se mordit la lèvre.

 

"Nos terres ont été conquises" finit-elle par avouer. "Nous avons préféré le combat et la fuite à l'esclavage."

"Mais beaucoup d'entre vous sont morts dans les marais..."

 

Les yeux de la jeune princesse se mirent à étinceler de colère. Depuis combien de temps les suivait-il ? Ce maudit marécage avait englouti plus de quinze des leurs avec leurs montures !

 

Il semblait pourtant réfléchir et finit par prendre sa décision.

 

"De l'autre côté des marais, il y a un village" offrit-il. "Allez-y et demandez-y asile, en racontant votre histoire et en disant que je vous ai envoyé, vous l'obtiendrez. Pour traverser les marais... voyez-vous l'entassement de pierres, là-bas ?"

 

Il saisit délicatement son menton pour le tourner, ne lui permettant de bouger aucun autre membre. Un tas de pierres de forme étrange se trouvait en effet là.

 

"Il y en a de semblables qui balisent le marais. Suivez le sentier indiqué, ne vous en éloignez jamais. Mais je crois que vous savez ce qu'il se passera si vous le faites..."

 

Le silence retomba et il ramena son visage face à lui, l'observant à nouveau.

 

"Pourquoi ?" demanda-t-elle, déstabilisée.

 

Il sourit et se pencha davantage en avant, frôlant ses lèvres.

 

"Walkyrie" murmura-t-il avant de doucement l'embrasser.

 

Cela dura à peine quelques instants, puis il se recula soudain, se levant d'un bond avant de s'éloigner à grands pas. Il se pencha à la lisière du bois, ramassant un arc long encordé et un carquois de flèches.

 

"Bon voyage, ma dame" lança-t-il avant de disparaître dans la forêt.

 

Elle se redressa, le souffle court, prenant conscience qu'il aurait pu l'abattre d'une flèche sans prendre le moindre risque. Perdue, elle se rhabilla à la hâte en essayant de ne pas penser à ce qu'il venait de se passer, puis bondit à nouveau en selle. Il fallait qu'elle se dépêche de retrouver le camp. Il faisait presque nuit.

 

Publié dans Vent du Nord

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