Malédiction de l'abeille (3/7)

Publié le par Chimaera

 

Ils ne firent que patrouiller le quartier désert pendant les heures suivantes, puis les deux quartiers voisins lorsqu'on y repéra les premiers insectes. De plus en plus de groupes d'éclaireurs étaient formés au fur et à mesure que les nouvelles tenues arrivaient. Les militaires également étaient présents maintenant, mais tout ce qu'ils avaient tenté s'était révélé vain. A vrai dire, leur tentative de crémation des insectes n'avait servi qu'à faire flamber la maison derrière.

Ils longeaient actuellement la forêt bordant le quartier de la Nouvelle-Ferme. Tout était parfaitement calme en dehors du bourdonnement, omniprésent maintenant. Dominique savait qu'il restait des gens dans certaines maisons, n'ayant pu fuir assez vite. Ils étaient soigneusement cloîtrés, coupant même les aérations, et sans doute scotchés à leur radio ou leur télévision, attendant qu'on leur annonce qu'ils pouvait sortir. En fait, les quinze fois où ils avaient tenté de secourir quelqu'un et de lui fournir une tenue de protection, cela n'avait qu'accéléré la mort du malheureux. A l'instant même où la victime avait entrouvert sa porte, les abeilles avaient surgi par centaines.

– Hoy ! Hé, vous, les deux types habillés bizarrement ! Zut, arrêtez-vous, vous allez trop vite pour moi !

Surpris, Dominique s'arrêta en premier, regardant autour de lui sans rien voir.

– Nous ? demanda-t-il néanmoins, perturbé.

– Ouais, vous ! Y'a d'autres types en scaphandre ici ?

– Où êtes-vous ?" demanda Dominique, hésitant.

– Par terre, idiot ! Regarde plus bas.

Le policier s'exécuta, de même que son collègue, et ils poussèrent une même exclamation de surprise. Un petit bonhomme haut d'une quarantaine de centimètres se tenait là, entièrement vêtu de vert et de brun. Il était humain, en dehors de ses oreilles pointues sortant de ses longs cheveux blond-roux et de ses yeux bleus à l'éclat un peu trop vif. Il rouvrit la bouche et parla de sa voix étonnamment grave pour sa taille.

– Bon ! Je sais que je suis beau, mais peut-être que vous pourrez m'admirer plus tard ? La situation est grave !

– E... excusez-nous, finit par dire le pompier. Qu'est-ce que... qui êtes-vous ?

– Ashalen Lamedor et j'aimerai parler à votre chef.

– Vous savez ce qu'il se passe ? interrogea Dominique en reprenant ses esprits.

– J'ai des idées. Est-ce que je peux voir votre chef ? Mon peuple est en train d'étouffer avec ces fichues abeilles, dans la forêt.

– Euh... oui, bien sûr, accepta Dominique. C'est par là...

Il s'aperçut soudain que... que quoi, au juste ? Mini-humain ? Bref, le truc ne pouvait pas suivre leur allure.

– Vous... vous voulez monter sur mon dos ? Proposa-t-il, maladroit.

– Je pense que ça ira plus vite, approuva Ashalen, bien que visiblement à contrecœur.

Il grimpa sur son dos d'un seul bond, sautant à une hauteur de quatre fois sa taille sans difficultés. Dominique se remit en route alors que son collègue contactait le centre des opérations par radio.

– Ici patrouille une... avons trouvé quelqu'un qui sait peut-être d'où vient le phénomène. Il veut s'entretenir avec notre chef. Pensons que c'est sérieux.

Il y eut un moment de silence, puis il relâcha sa radio.

– Ils nous attendent, fit-il simplement. Ils nous disent de nous dépêcher, apparemment il y a plus de gens qu'ils ne le pensaient qui restent dans les maisons.

– Ok, fit Dominique en accélérant le pas malgré l'encombrement procuré par ses vêtements. Dites... vous n'avez pas de protection ?

– Je suis vieux, daigna répondre la personne sur son dos. Il faudrait contrarier beaucoup plus les instincts d'un insecte pour le pousser à m'attaquer.

– De ce que je sais, elles m'ont l'air bien modifiées, fit Dominique, sarcastique sans pouvoir s'en empêcher.

– Oh, non. Modifier l'agressivité à l'égard d'autres êtres vivants n'est pas si difficile que cela.

Il se tut ensuite et le policier n'insista pas, réfrénant sa curiosité, de même que le pompier Schmitt. Aussi ce fut en silence qu'ils entrèrent dans la première partie d'un bâtiment métallique démontable. On contrôla soigneusement qu'aucun insecte n'était entré à leur suite, puis on les laissa entre dans le centre des opérations. A sa grande surprise, personne ne remarqua Ashalen.

– Par ici, agent Wurtz, pompier Schmitt, appela une voix.

Dominique reconnut celle de son capitaine et s'exécuta machinalement, essuyant la sueur sur son front. Ces tenues tenaient ignoblement chaud, d'autant plus avec les trente-cinq degrés dehors... Il salua ceux qui étaient visiblement des grands chefs.

– Où est cette personne, messieurs ? Demanda agressivement le militaire.

– Euh... sur mon dos, répondit Dominique, hésitant.

Il sentit la tête du petit homme qui dépassait son épaule, regardant les gens en face avec curiosité. Des exclamations de surprise lui répondirent.

– Un enfant ? demanda le militaire, sceptique.

Ashalen ouvrit la bouche, prenant d'un ton glacé qui contrastait furieusement avec la chaleur qu'il avait dans sa voix depuis qu'ils l'avaient rencontré.

– J'ai des dizaines d'années de plus que vous alors veuillez le prendre en compte dans votre manière de vous adresser à moi, monsieur.

Le silence régna un instant et Ashalen quitta l'épaule de Dominique d'un bond, pour atterrir sur les papiers jonchant la table, bras croisés et menton fièrement dressé. Ils purent alors voir qu'il n'avait effectivement rien d'un enfant, en dehors de la taille. C'était un adulte parfaitement formé qui leur faisait face.

Publié dans Indépendants

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K
<br /> Ben du réel (anticipation/sf/horreur) au fantastique (fantaisy)<br /> <br /> <br />
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C
<br /> <br /> Ah oui... j'aime les farfadets, je ne l'avais jamais dit ? Non, la tendance se précise dans la suite. Tu verras bien, non mais.<br /> <br /> <br /> <br />
K
<br /> Surprenant, ce changement de registre. Attendons.<br /> <br /> <br />
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C
<br /> <br /> Quel changement de registre ?<br /> <br /> <br /> <br />