Malédiction de l'abeille (2/7)

Publié le par Chimaera

 

L'agent Dominique Wurtz s'ennuyait, comme souvent quand il était de garde. Il avait un don pour cela, tous ses collègues le savaient : quand il était à la permanence, c'était systématiquement le calme plat. Alors il faisait quelques paperasses administratives, saisissait une ou deux plaintes, mais inévitablement finissait par regarder l'horloge qui égrenait le temps.

C'est ainsi qu'il sut qu'il était très précisément sept heures, neuf minutes et dix-huit secondes lorsque le téléphone du numéro d'urgence sonna, pour la première fois de ses huit ans de carrière. Interloqué, il le regarda sonner quatre fois avant de se souvenir de son devoir. Il décrocha alors à la hâte.

– Commissariat du Domaine, nous écou...

– Aidez-moi ! N'importe qui, aidez-moi !

Un cri de douleur suivit et il lança un appel d'urgence vers d'autres agents en patrouille. Il tenta de lui faire dire où elle était pour y envoyer ses collègues, mais en vain, et dut attendre que sa recherche du numéro de téléphone ne porte ses fruits. Pourtant, il sut bien avant que ses collègues n'arrivent sur place qu'ils ne trouveraient plus personne de vivant.

Son supérieur le convoqua dix minutes plus tard et il s'y rendit à la hâte, cédant sa place à l'agent venu le prévenir. A son grand étonnement, il fut immédiatement amené dans le bureau du capitaine Libs. La pièce bourdonnait, des gens se dépêchant de tous les côtés.

– Agent Wurtz ! Lança le capitaine sitôt qu'il le vit. Où avez-vous envoyé la patrouille trois ?

– Chez une vieille femme, répondit Dominique aussitôt. Elle a lancé un appel au secours, elle paraissait beaucoup souffrir. Place du veau, à côté de l'église.

Un pli songeur barra le front de son supérieur.

– A-t-elle dit pourquoi elle souffrait ?

– Elle a parlé d'abeilles, capitaine. Des milliers d'abeilles. J'ai cru qu'elle délirait.

– Il semblerait que non, commenta laconiquement Libs. Nous avons perdu le contact avec la patrouille. Ils ont dit exactement la même chose.

– Des abeilles ? répéta Dominique, encore sceptique. Les abeilles ne sont pas agressives.

– Il sembleraient que celles-ci le soient, coupa brusquement Libs. Et aucun apiculteur, même fou, n'aurait élevé autant d'insectes.

Il s'était déplacé vers la salle de réunion à côté du bureau en parlant et Dominique l'avait suivi, avant de rester bouche bée devant l'écran de projection. Une vidéo montrait la place du beau, ou plus précisément la paroisse à côté. La caméra tournait encore, de toute évidence. On ne voyait plus le mur de la paroisse, ni le sol devant. Juste un mur noir mouvant et des insectes qui volaient en tous sens.

– Oh mon Dieu...

– C'est une réaction initiale courante, acquiesça Libs, pince-sans-rire.

– Qu'est-ce que... vous comptez faire ?

– J'ai transmis à mes supérieurs. Je n'ai pas de droit de décision en cas de situation de crise.

– Mais...

– Il semblerait que la zone où les abeilles se trouvent s'agrandisse, commenta Libs. J'ai besoin d'agents prêts à patrouiller. Ces fichues bestioles arrivent à bloquer des moteurs en se jetant dedans pour se suicider en masse. Que des piétons, donc.

– Les piqûres ?

– Nous partageons les tenues d'apiculteur réquisitionnées avec les pompiers.

– Eh bien... s'il le faut...

Dix minutes plus tard, il marchait vers le quartier sinistré en compagnie d'un pompier qu'il ne connaissait pas. Ils croisaient beaucoup de gens en cours d'évacuations. Certains les regardaient avec curiosité, d'autres invectivaient vivement les policiers qui les entraînaient au loin. Ils étaient en communication radio constante avec leurs supérieurs respectifs, mais ne se sentaient pas rassurés pour autant. Si les insectes trouvaient un moyen de bloquer les voitures, n'y avait-il pas un risque qu'ils passent à travers leurs protections ?

Ils aperçurent les premières abeilles à cinq rues de l'église et le signalèrent, avant d'entreprendre de tourner autour. Malheureusement, il s'agissait d'un quartier résidentiel et ils ne pouvaient pas vraiment voir s'il y en avait dans les jardins.

Publié dans Indépendants

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G
<br /> le cauchemar!! è_é<br /> <br /> <br />
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C
<br /> <br /> Euh... en fait ça vient effectivement d'un cauchemar que j'ai fait...<br /> <br /> <br /> <br />
K
<br /> La suiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiite !<br /> <br /> <br />
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C
<br /> <br /> Ce soir... juste après le repas, il fait faim là ^^.<br /> <br /> <br /> <br />