Chant du serpent (6/X)

Publié le par Khimaera

Cinq jours plus tard, Talon la faisant sortir de Noxus malgré son corps peu discret. Elle ne parla pas une fois, ne posa pas une question aux hommes qui les accompagnaient. Ils remontèrent au nord pendant quatre heures après qu'elle ne se soit hissée dans une carriole, puis dévièrent dans une forêt jusqu'à enfin aboutir sur une lumineuse clairière. Deux silhouettes s'y tenaient, masquées, et Talon l'aida à descendre. Leurs transporteurs vidèrent les environs juste après, les laissant tous les quatre seuls.

 

"Mon seigneur" siffla-t-elle vers la silhouette masculine. "Ma dame."

 

Elle s'arrêta soudain net, dardant sa langue, sentant l'air encore et encore avant de se rapprocher de l'homme. Il était de son sang, elle en était certaine. D'un geste de main, il fit tomber sa capuche et ses yeux s'écarquillèrent en le reconnaissant.

 

"Père" murmura-t-elle. "Père... comment est-ce possible ?"

"Bonjour, Cassi" fit-il d'une voix douce.

 

Elle s'élança en avant sans réfléchir, droit sur lui, et il l'accueillit dans son étreinte, ne reculant pas de dégoût. Cassiopeia sentit les larmes lui monter aux yeux, restant dans ses bras forts. La révélation se fit soudain dans son esprit. C'était son père qui allait prêter allégeance à quelqu'un et seule Katarina pourrait le contester. Elle ne le ferait pas si elle voyait Cassiopeia faire de même et la loyauté de leur famille irait donc à leur choix.

 

"Il est temps, Cassi" fit-il d'une voix douce, embrassant son front. "Je te prendrai dans mes bras lorsque tu seras à nouveau ma si belle enfant."

 

Elle fit un sourire tremblant, puis se détacha de lui, s'inclinant profondément devant l'autre silhouette.

 

"Dites-moi à qui je dois jurer allégeance, ma dame, et je le ferai" promit-elle, la voix assurée.

 

La capuche tomba en réponse et elle resta muette de stupeur en reconnaissant Ellanna Faend. Elle ne posa pourtant pas de questions, courbant son corps jusqu'à ce que son front ne touche terre aux pieds de la dame.

 

"Moi, Cassiopeia Ducouteau, prête allégeance à ma noble dame, Ellanna Faend, et tout son clan. Sa volonté sera mienne. Mon cœur et ma loyauté lui appartiendront contre sa protection et son aide et je resterai son artisan jusqu'à ma mort. Ainsi soit-il."

"J'accepte ton serment, Cassiopeia Ducouteau, et te prends à mon service à compter de ce jour. Je ne prendrai ton sang qu'après avoir tenu la première part de ma promesse. Ainsi soit-il. Relève-toi maintenant."

 

Cassiopeia s'exécuta et Ellanna lui désigna l'autel de pierre qui se trouvait au centre de la clairière. Elle y ondula sans hésiter, se hissant dessus alors que Talon tendait les fioles de sang à sa nouvelle maîtresse. Ellanna la rejoignit d'un pas ferme, examinant le liquide carmin, et son père se plaça face à elle, l'autel entre eux deux. Ellanna glissa une main dans sa tunique et en sortit une lame d'or. La terreur l'étreignit en la voyant. Comment la dame avait-elle pu se procurer ceci ? Elle était certaine que Swain l'avait en sa possession...

 

"Je vais prendre ton sang" avertit-elle, et elle acquiesça, ses entrailles se tordant alors que la lame s'approchait d'elle.

 

La poigne de son père dut l'immobiliser pour ne pas qu'elle ne se dérobe. C'était pourtant viscéral, la dague la terrorisait et elle ne voulait plus que s'en éloigner. Une main forte plaqua sa queue de serpent sur l'autel, l'empêchant de bouger. Ellanna Fend y semblait indifférente, examinant le sang qui restait sur la lame dorée, avant de lever les yeux vers le ciel, semblant compter quelque chose.

 

"Je peux te donner treize heures trente-quatre" finit-elle par dire "renouvelables tous les jours à l'aube. Acceptes-tu ?"

 

Elle hocha frénétiquement la tête et Ellanna ouvrit la fiole de sang, plaçant la lame au-dessus de son ventre avant de lentement y faire couler le liquide carmin. Les rainures de la dague s'emplirent lentement et un des mains de son père la relâcha alors qu'il tendait son poignet dénudé, l'offrant à la magicienne. Elle le trancha d'un geste fluide, récupérant à son tour le sang, puis il retourna maintenir la jeune femme qui tentait de fuir en voyant la lame ensanglantée s'approcher dangereusement près d'elle.

La lame ouvrit son visage, puis descendit sur son torse, ouvrant de légers filets de sang. Ellanna commença à parler mais, la voix caverneuse, elle ne s'adressait plus à eux. Sa lame descendit ensuite, tranchant les écailles comme du beurre, traçant une longue incision au milieu de la queue serpentine. Puis elle revint découper le cuir autour de sa tête, les griffes une par une. Un voile de lumière rouge passa sous leurs yeux. La lune s'assombrissait, prenant une couleur pourpre.

Cassiopeia hurla soudain de douleur alors que le feu s'emparait de sa queue. Elle eut l'impression qu'on la déchirait en deux - ce qu'il se passait réellement, des jambes se dessinant lentement. La transformation était horriblement lente. Son cri s'étrangla alors que ses crochets tombaient, lui laissant une bouche normale. Ses mains reprirent doucement leur forme originelles, les longs doigts, si blancs et si fins, qui avaient séduits plus d'un homme, se crispèrent sous la douleur.

Finalement tout disparut, y compris les mains qui la tenaient en place, et elle rouvrit lentement les yeux. Elle ne percevait nulle chaleur, mais par contre sa vue était parfaitement nette. Doucement, elle se redressa sur un coude, pour que sa longue chevelure noire bouclée ne tombe sur sa poitrine. Ses yeux se posèrent sur ses jambes. Longues et pâles, elles étaient bel et bien séparées, entièrement humaines, et elle en replia doucement une qui obéit à sa volonté, laissant la seconde tendue.

La main de son père se présenta à elle et elle la prit, descendant doucement de l'autel. Elle eut du mal à faire ses premiers pas, ayant perdu l'habitude d'utiliser deux jambes séparément, mais le réflexe lui revint vite et elle se tourna vers Ellanna Faend avant de s'agenouiller à ses pieds.

 

"Vous avez tenu promesse, ma dame" fit-elle et, encore une fois, ce fut sa véritable voix, sans la moindre trace de sifflement, qui résonna à ses propres oreilles. "Acceptez mon sang et mon serment d'allégeance, je vous en prie."

 

La dague d'or se tendit vers elle et elle n'hésita pas cette fois, présentant volontiers sa joue. Ellanna l'égratigna à peine.

 

"Veuillez prêter allégeance à mon mari, également" demanda-t-elle, et Cassiopeia s'exécuta sans discuter.

 

Elle ne se releva que lorsqu'elle en eut l'autorisation. En périphérie, elle vit Talon qui la regardait toujours, fixant sans pudeur son corps dénudé, et elle décida aussitôt qu'il serait le premier à jouir dans ce nouveau corps. Même s'il n'avait été qu'intermédiaire, elle n'aurait pu retrouver sa forme humaine sans lui.

 

"Treize heures trente-quatre, Cassiopeia, je vous le rappelle" fit distraitement Ellanna. "Talon va vous raccompagner à Noxus. Mon époux invitera prochainement votre famille dans notre demeure, je souhaiterai vous parler à part à ce moment."

"Bien sûr, ma dame. Dois-je montrer ma forme humaine ou préférez-vous que je feinte l'absence du moindre changement ?"

"Seriez-vous prête à le faire ?"

"Sans hésiter. Indiquez-moi simplement comment redevenir... l'autre."

"Pensez-y et votre corps le fera. Si vous atteignez la fin du temps imparti, il le redeviendra seul, mais de force, et ce sera bien plus douloureux, plus proche de la transformation originelle."

"Je vous remercie de l'avertissement, ma dame. Que la fin de nuit vous soit douce."

 

Elle retourna vers la carriole et Talon lui tendit une main pour l'aider à monter dans la partie arrière. Elle lui fit un sourire ensorcelant, réitérant silencieusement sa promesse, puis laissa son corps se déformer pour ensuite le dissimuler sous une cape. Il monta à la place du conducteur et fit claquer les rênes. Les chevaux partirent aussitôt et passèrent au galop dès qu'ils furent à nouveau sur la route.

L'aube pointait lorsqu'elle se retrouva finalement dans la chambre dont elle avait interdiction de sortir. Elle se tourna alors vers son guide, lui souriant, et lui désigna le lit.

 

"Je tiens toujours mes promesses" murmura-t-elle d'une voix ensorcelante. "Resterez-vous me tenir compagnie en cette fin de nuit ?"

 

Il s'approcha de la fenêtre en réponse, coulant un oeil à l'extérieur avant d'en refermer les rideaux. Elle vérifia que la porte était toujours barrée, que nul bruit ne se faisait entendre dans le palais, puis eut un sourire malicieux.

Lorsque Talon se retourna, la plus belle femme de Noxus se tenait face à lui, nue, et lui désigna son lit dans un geste explicite avant de le rejoindre dessus, commençant lentement à le déshabiller.

Publié dans League

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