Chant du serpent (2/X)

Publié le par Khimaera

Ce qui devait arriver arriva finalement après douze jours. Darius n'avait dit à personne où il allait, laissant simplement un message pour indiquer de dire aux visiteurs qu'il n'était pas disponible, sans donner le moindre détail à qui que ce soit.

Le guerrier n'avait pas mis cinq jours à voir toutes les pistes converger vers la vérité. Il avait alors attrapé Talon au détour d'une taverne louche et l'assassin avait accepté de l'aider sans même avoir tous les détails, lui faisant confiance et surtout, souhaitant comme toujours mettre des bâtons dans les roues de Swain. Il l'avait aidé à entrer dans le quartier Crimson dont il faisait partie et ensuite, feignant l'ivresse, il y avait mis une pagaille incroyable jusqu'à s'effondrer ivre mort dans un coin.

Darius en avait profité pour se glisser dans ces quartiers cachés. Ils étaient déserts et il arpenta un moment les cellules, s'enfonçant toujours plus profondément, ignorant les quelques hurlements de suppliciés qui lui parvenaient parfois. Ses yeux se posèrent soudain sur la dague sous verre. La lame en était ondulée comme une queue de serpent et le pommeau en était la tête, une mâchoire aux crocs dégoulinant entourant une gemme rouge pâle. C'était sans nul doute la lame qui avait maudit Cassiopeia. Guidé par l'instinct, il avança encore de quelques mètres, jetant un œil dans la cellule en face.

Un homme blond y était enchaîné, les fers s'enfonçant profondément dans ses poignets et ses chevilles. Il était nu et avait été torturé par des experts, depuis très longtemps sans doute. Soudain il releva la tête, le regardant droit dans les yeux, et ouvrit ses lèvres craquelées. Darius sortit son poignard, prêt à le lancer s'il hurlait, mais le Freljordien fit un simple signe de tête.

"A côté" haleta-t-il d'une voix rauque. "Couteau..."

Darius se détourna aussitôt, rejoignant la cellule voisine, et y reconnut la crinière noire, maintenant blanchissante, de son ancien ami. Le corps du général avait été ravagé et pourtant il était bel et bien vivant.

"Aleksandr ?" appela-t-il dans un chuchotement.

Il y eut un instant d'immobilité, puis le général releva la tête. Il sembla mettre un moment à le reconnaître, puis esquissa un faible sourire.

"J'aurai dû me douter que tu me retrouverais un jour" chuchota-t-il, son souffle laborieux.

"Qui était-ce ?" interrogea-t-il.

"Corbeau..."

Il acquiesça, se rapprochant.

"Es-tu en train de mourir ?"

"Oh, non... ils sont bien trop doués pour que je meurs..."

Darius l'évalua du regard. Il était peu probable qu'il ne puisse sortir discrètement accompagné d'un tel fardeau, et pourtant il était prêt à prendre le pari.

"Est-ce que tu pourras marcher ?"

"Peut-être... je ne suis pas sûr. Ne le fais pas."

En réponse, Darius s'empara des barreaux, les écartant lentement, dans un silence absolu. Ils n'étaient pas conçus pour résister à la force pure. Les personnes enfermées ici étaient enchaînées, incapables d'atteindre les grilles. C'était souvent le cas dans les prisons de torture - les victimes étaient bien incapables de réaliser la moindre épreuve de force. Il passa dès que l'ouverture fut assez large, rejoignant Aleksandr Ducouteau. N'ayant de clefs, il arracha les fers du mur, rattrapant son ami qui s'effondrait, ne parvenant même pas à se lever.

"Comment espères-tu sortir, idiot ?" murmura l'ancien général alors qu'il le soulevait, le faisant gémir de douleur en le plaçant sur son épaule.

"Je trouverai."

Le corps était frêle par rapport à ce dont il se souvenait. Ils ressortaient lorsqu'une voix les appela.

"Ducouteau..."

Darius s'arrêta devant la cellule du Freljordien sur un mouvement de son fardeau.

"Prends ma dague" demanda-t-il "et tranche-moi la gorge avec. Ils me tueront en voyant que tu es parti."

"Pourquoi ta dague ?" grogna Ducouteau.

"Donne-la à ta femme ensuite" fit le Demacien, regardant maintenant Darius qui sursauta, sentant une vague de peur l'envahir avant de violemment la réprimer. "Elle saura quoi en faire."

Sa tête s'effondra, mais il la releva aussitôt, le regardant droit dans les yeux.

"S'il vous plaît."

Ducouteau serra son épaule dans une muette demande et Darius s'exécuta à contrecœur, déposant précautionneusement son fardeau au sol avant de s'emparer de la dague. La lame semblait onduler dans ses mains et il ouvrit la cellule, s'approchant du Demacien qui ferma les yeux, basculant sa tête en arrière, laissant sa gorge découverte dans une muette supplique. Darius abattit la lame sans plus hésiter, tranchant la gorge offerte. Le fil rouge y apparut aussitôt, le sang jaillit à flots, et pourtant il ne s'écoula pas vers le sol. Le bras du général s'était paralysé, maintenant la dague dans la plaie alors qu'elle s'abreuvait du sang frais.

Le joyau du pommeau devenait de plus en plus sombre, comme collectant le fluide vital. Finalement il put à nouveau bouger son bras et se retira vivement. Le corps sans vie face à lui s'effondra, exsangue, uniquement retenu par ses chaînes, et Darius se dépêcha de quitter les yeux, glissant la dague dans l'intérieur de sa tunique. La lame en était brûlante et il se pencha sur Ducouteau à moitié inconscient, passant son bras autour de ses épaules avant de se diriger rapidement vers la sortie.

C'était la cohue à l'extérieur. Plusieurs hommes étaient ivres morts, y compris Talon qui avait déclenché une rixe. Il attrapa une cape sombre et en enroula son fardeau avant de vider les lieux, disparaissant dans la ville basse jusqu'à être sûr de ne pas être suivi avant de se diriger vers sa propre demeure.

"Halte !" fit une voix alors qu'il entrait dans le jardin. "Encore un pas et je vous abats !"

"C'est gentil de ta part, Yohan" fit-il d'une voix froidement ironique, rabattant sa capuche. "Je vois que tu prends ton travail très à coeur."

"Pardon, mon seigneur" fit l'un de ses lieutenants en apparaissant, s'inclinant profondément. "Puis-je vous aider ?"

"Non" répondit-il froidement. "Oublie ce que tu viens de voir et assure-toi que la voie est libre jusqu'à mes appartements."

"Bien, mon seigneur."

Il le suivit à quelque distance, rejoignant ses appartements. Il déposa son fardeau dans un fauteuil après en avoir fermé et barré la porte, retirant la cape sale du dos d'Aleksandr pour la jeter au feu avant de se débarrasser de ses propres haillons infâmes, repassant une tunique et un pantalon propres, pour s'accroupir auprès de son ami. Il avait cessé de remuer pendant leur long trajet, mais se réveilla en sursaut une fois dans le confortable fauteuil.

"Je vais devoir faire chercher des gens pour te soigner" avertit Darius, pourtant peu sûr des personnes à qui il pourrait faire confiance.

"Nous devons parler d'abord" fit le général d'un ton sans répliques.

"Bois, alors" concéda Darius en se levant, attrapant vivement un pichet de vin pour le servir généreusement.

Le vieux lion reprit des couelurs sous l'effet de la boisson et lui adressa ensuite un regard inquisiteur.

"Comment as-tu su, Darius ?"

"Ma femme" répondit-il brièvement.

"Tu es marié ? A qui ?"

"Ellanna Faend."

Ducouteau sursauta faiblement, puis s'adossa complètement, respirant toujours difficilement.

"Tout s'explique" murmura-t-il. "Darius, j'ai été marié bien avant toi."

"Je sais."

"Ta femme sera le centre de ta vie, Darius, que tu le veuilles ou non. Elle est celle qui tiendra ton destin. Aime-la et respecte-la, et elle sera ta plus fidèle alliée, te protégeant jusqu'à son dernier souffle, élevant tes fils. Méprise-la et elle sera le poison instillé dans tes veines, le couteau qui frappera ton dos... jusqu'à te vendre à tes pires ennemis."

Il avait rouvert les yeux sur les derniers mots, le fixant droit dans les yeux, une lueur de folie se voyant au fond de son regard. Soudain son expression s'adoucit alors qu'il le regardait toujours et il émit un léger rire, qui se termina en quinte de toux.

"Pourquoi devrai-je te raconter ça... tu as déjà fait ton choix. Est-elle aussi belle qu'on le dit ?"

"Et bien plus encore" murmura Darius "mais je ne sais comment..."

L'aîné rit encore plus fort avant de s'interrompre brusquement, toussant à nouveau.

"Va la voir, Darius. Je vais dormir, tu me soigneras demain, ou peut-être qu'elle acceptera de soigner un vieil homme comme moi ?"

"Je vais le lui demander" promit Darius, prenant une chaude couverture pour en enrouler le lion frissonnant.

Il avait de toutes manières fermé les yeux, s'endormant rapidement, et Darius passa dans la pièce voisine. Elle était plongée dans la pénombre, la seule lueur venant des braises mourantes dans l'âtre. Il vit un mouvement furtif et pivota aussitôt. Sa main puissante intercepta la silhouette qui s'enfuyait et il ne relâcha pas sa prise, pas même en reconnaissant son frère Draven.

"Puis-je savoir" gronda-t-il "ce que tu oses faire dans les appartements de ma femme ?"

"Tu as besoin de poser la question alors que tu disparais presque deux semaines ?" demanda Draven railleusement, avant de grogner de douleur sous la poigne violente de l'aîné.

"L'as-tu touchée ?"

"Non" avoua-t-il, peu enclin à énerver encore plus le puissant soldat. "J'ai essayé mais cette idiote préfère un mari jamais là. Est-ce que tu l'as baisée au moins une fois ?"

Il toussa à la main sauvage refermée sur sa gorge. Darius le traîna à l'extérieur, rouvrant la porte pour le balancer dans le couloir. Yohan sursauta, en train de monter la garde devant la porte voisine, et le seigneur furieux le regarda droit dans les yeux alors que Draven s'enfuyait ventre à terre.

"Yohan, si tu revois Draven rôder près des appartements de ma femme, jette-le hors du domaine, par la force s'il le faut" ordonna-t-il, et son lieutenant se redressa aussitôt, saluant, avant de s'excuser vivement de ne l'avoir vu entrer.

Une porte claquée devant son nez lui répondit. Le seigneur avait rejoint le lit de sa femme. Elle ne dormait plus et s'était redressée, avant de pourtant vaciller et retomber en arrière. Il la rattrapa par l'épaule, surpris, et l'observa avec attention. Ses yeux étaient fiévreux alors qu'elle l'observait en retour, cherchant à le reconnaître, et il sut immédiatement que quelque chose n'allait pas.

Publié dans League

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
J
Quoi ? quoi ? qu'est-ce qui ne va pas ? Elle a été empoisonnée ? On lui a lancé un sort ? Elle a été droguée ?
Répondre