Changeants (8/X)

Publié le par Chimaera

 

Un rire lui répondit, bien plus détendu. Mel se demanda un moment quel était ce message qui valait visiblement plus que sa propre vie aux yeux du vieux.

 

"Dire, rien. Tu dois juste donner ceci."

 

Il lui tendit un cylindre scellé. Mel le saisit, l'examina un instant, puis le fit disparaître sous sa tunique. La route était de plus en plus fréquentée au fur et à mesure qu'on approchait de Saphir.

 

"Dans la ville basse, à Saphir, il y a un homme appelé Chas Trovis. Il tient une boutique de potions. Il suffit que tu lui donnes le rouleau en lui disant ce qu'il m'est arrivé."

 

Ils se remirent en marche. LE vieux sortit sa bourse et la lui jeta. Mel entendit clairement le bruit des pièces s'entrechoquant alors qu'il rattrapait le projectile.

 

"Elle te sera plus utile qu'à moi, ne te la fais pas voler. J'avais dit que je t'apprendrai à devenir un Changeant et je n'aime pas ne pas tenir mes promesses. Demande à Chas de te fournir du Sang de Dragon."

 

Il l'interrompit d'un geste de main alors que Bleu apparaissait au loin.

 

"Il t'expliquera. L'or ne suffira pas à payer, j'espère qu'il acceptera quand même."

 

Ses yeux se firent lointains, rêveurs, puis il revint soudain à la réalité.

 

"Je vais te dire comment aller chez lui. Il vaut mieux ne demander ta route que le moins possible, cela évitera qu'on ne tente de te pigeonner en voyant que tu ne connais pas les grandes villes."

 

Leur dernière heure de marche commune se déroula alors que le loup lui décrivait Saphir, les quartiers à éviter, et l'itinéraire le plus sûr pour se rendre chez son ami. Ils se comportaient comme deux voyageurs s'étant rencontrés en cours de route, ce qui arrivait fréquemment, et s'attablèrent ensemble sans attirer l'attention. Leur conversation s'était faite plus froide, moins intime, et nul n'aurait pu dire qu'ils se connaissaient assez pour donner une mission précieuse à l'autre.

 

Alors que la fin de soirée approchait, Mel commençait sérieusement à se dire que le vieux s'était trompé. La taverne bourdonnait d'activité, le bar ne désemplissait pas, mais nulle trace d'hostilité ou même d'attention trop soutenue vers eux. Trois autres clients les avaient rejoints au fur et à mesure que l'auberge s'emplissait. L'un d'eux finit par proposer une partie de cartes et Mel déclina prudemment. Il savait bien jouer, mais n'avait aucune idée du niveau du type en face.

 

Un nouveau groupe entra mais Mel n'y prêta pas attention. Son voisin, si. L'aubergiste les avait interpellés, leur disant qu'il était complet, mais leur jeune chef fit un sourire étrangement aimable. Il avait un visage rieur et de longs cheveux blonds, devant doucement approcher de la trentaine.

 

"Je cherche quelqu'un, aubergiste. Nous ne faisons que passer.3

 

A une vitesse foudroyante, il dégaina et se jeta vers eux. Le vieux réagit instantanément, se levant d'un geste souple en repoussant vigoureusement la table, avant de dégainer à son tour.

 

Leurs trois voisins de table s'écartèrent rapidement, mains levées et paumes ouvertes pour se dédouaner de toute implication. Mel les imita par réflexes, s'écartant de l'espace qui s'était miraculeusement dégagé autour des deux combattants. Le reste de la troupe tira à son tour les armes, épées et haches, et l'aubergiste poussa un gémissement plaintif.

 

"S'il vous plaît, sieurs..."

 

Trop tard. La majeure partie s'était jetée sur le vieux, l'encerclant et coupant toute échappatoire. L'un des clients était trop proche et les gênait : cela lui valut un violent coup d'épée qui ouvrit son ventre, faisant tomber ses entrailles au sol.

 

Aussitôt, ce fut la panique. Il y eut un brusque reflux vers les murs, et particulièrement les portes et fenêtres. Mel se retrouva projeté sur une table et mit un moment à retrouver ses esprits, sonné. Relevant les yeux, il vit un regard vert posé sur lui une fraction de seconde, étrangement calme malgré la mort qui approchait, sans trace de peur. Cela plus que le reste le décida et il suivit le mouvement de foule vers l'extérieur, prenant garde à ne se faire alléger d'aucune de ses affaires dans la bousculade.

 

Son dernier regard en arrière ne lui fit voir que la haute silhouette qui s'effondrait, puis il surgit à l'air libre et échappa aussitôt à la cohue, s'éloignant rapidement. Pourtant, une seconde après, une main de fer s'abattait sur son épaule.

Publié dans Changeants

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R
<br /> Tu ne mets plus de suite ??<br /> <br /> <br />
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C
<br /> <br /> Si, si, ne t'inquiète pas... J'ai juste fait un break avec une nouvelle courte.<br /> <br /> <br /> <br />
K
<br /> Il va s'en sortir, dis, hein ? Il a un cours à donner !<br /> <br /> <br />
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