Changeants (1/X)

Publié le par Chimaera

 

Changeants - 1ère partie

 

Mel s'ennuyait, comme pratiquement chaque jour de sa pitoyable vie. Encore n'était-il pas le plus mal loti : mieux valait tenir la taverne de son ivrogne de père que de travailler quinze heures par jour aux champs. Mais voilà, la taverne n'était guère fréquentée. Elle aurait dû être le lieu de rassemblement de tous les hommes du village, le soir, après les travaux des champs, mais la plupart restaient calfeutrés chez eux.

 

Il s'ennuyait, donc, comme seul sait le faire un adolescent achevant sa seizième année. Ses doigts jouaient avec un bout de ficelle, le tordant en tous sens, nouant et dénouant, alors qu'il regardait d'un air bovin les flammes dans l’âtre de la cuisine, allumé de jour comme de nuit – on ne savait jamais, un client pouvait arriver à n'importe quel moment. Enfin, cela, c'était ce que disait son père les rares fois où il émergeait des brumes de l'alcool et de l'herbe étrange qu'il aimait à fumer.

 

Une cloche sonna dans le lointain et il grimaça. Cela signifiait que les rares poivrots du coin n'allaient pas tarder à arriver et resteraient encore jusqu'à pas d'heure, se racontant des exploits tous plus imaginaires les uns que les autres. Peut-être un mercenaire se présenterait-il. Il en avait vu passer quelques uns, appâtés par les rumeurs de guerre juste au Sud de la région. Mais ce n'étaient que des rumeurs... ils seraient les premiers à savoir si guerre il y avait, non ? Ils auraient entendu parler de pillages d'autres villages...

 

Le bruit de la lourd porte d'entrée de la taverne qui claquait lui fit relever la tête. Premier client... d'un pas traînant, Mel se dirigea vers la salle principale, pour se figer sur le seuil en voyant l'étranger qui avançait jusqu'au comptoir.

 

Il n'était pas très grand, à peine plus d'un mètre soixante-dix. Bien plus petit que Mel, donc. Pourtant le jeune homme se sentait... effrayé. Le type était dangereux, toutes ses tripes le lui hurlaient. Et ce n'était pas dû à sa longue et lourde cape noire qui se soulevait à chaque pas, laissant voir l'épée en-dessous. Ce n’était pas non plus son chapeau à larges bords, noir également, qui dissimulait partiellement son visage.

 

Peut-être sa démarche, parfaitement silencieuse malgré les lourds bottes qu'il portait. L'étranger rayonnait de fierté et d'assurance et cela se sentait à chaque mouvement. Il maîtrisait parfaitement son équilibre, bougeant sans accroc, n'hésitant jamais. Arrivé au comptoir, il retira son chapeau et Mel observa attentivement ses traits, se dissimulant dans l'encoignure de la porte.

 

Il n'était pas franchement beau avec ses traits brusqués, particulièrement son nez qui avait dû être cassé au moins une fois dans le passé. Seuls ses yeux, d'un vert incroyable, attiraient l’œil, même à la distance où Mel se trouvait. Ses longs cheveux épais tombaient en cascade gris foncé sur ses épaules. Ils avaient dû être noirs dans la jeunesse de l'inconnu, mais étaient maintenant parsemés de fils blancs ou argentés.

 

Son regard perçant se tourna soudain vers l'encoignure de porte où il se trouvait et Mel sursauta brusquement. L'étranger savait qu'il était là, c'était certain. Alors il s'avança pour l'accueillir comme il devait le faire pour chaque client.

 

"Bienvenue dans notre taverne, sieur" fit-il avec un sourire un peu forcé.

 

Sa peur irrationnelle se brisa soudain et l'étranger lui fit un sourire.

 

"Bonjour, jeune homme. Serait-il possible d'avoir un repas et une chambre pour la nuit ?"

"Bien sûr" acquiesça aussitôt Mel. "Souhaitez-vous que je m'occupe de votre cheval ?"

"Je suis à pied, merci."

 

Mel cilla. A sa mise et son allure, cette élégance feutrée, il aurait juré que l'étranger avait de quoi se payer un cheval, voire peut-être même un étalon de guerre.

 

"Installez-vous, alors" offrit-il. "Je vais préparer le repas."

 

L'étranger acquiesça et alla s'installer à une table près du feu. Il retira sa cape humide alors que Mel retournait à la cuisine hâtivement. Le jeune homme n'aimait pas attendre et par conséquent ne faisait jamais patienter ses clients, ne se mettant que trop facilement à leur place. Il ne quitta sa cuisine que pour servir avec un mépris évident les frères Torc et Aman, deux des hommes les plus stupides qu'il n'ait jamais vus.

 

Une demi-heure après, il ramena une portion généreuse et une pinte de bière à son seul client potable qui fit glisser quelques pièces sur la table en échange. Le repas, mais également la chambre, compta rapidement Mel. Il remercia d'un signe de tête et rempocha l'argent avant de rester là, nerveux.

Publié dans Changeants

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K
<br /> Alors ça, c'est le début prometteur de tout un roman. LA SUITE !<br /> <br /> <br />
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C
<br /> <br /> Suite demain, j'ai du boulot ce soir, pas le temps de le taper à l'ordi ^^. Oui, je l'écris à la main, j'ai remarqué que je n'avais pas le même style à l'ordinateur et à la main.<br /> <br /> <br /> <br />